Travail réalisé avec notre VF Frederic L:. il y a quelques années.
V.M. et vous tous nos FF en vos grades et qualités, Serge et moi avons mis par écrit un
dialogue que nous a inspiré la lecture du livre de Saint Exupery. Ce dialogue s’étant un peu
éternisé et portant sur des symboles aux trois grades, nous l’avons découpé en trois parties.
Une pour chaque grade. Nous vous livrons ce soir nos réflexions sur le premier grade.
S: Mon TCF, tu m’as indiqué avoir lu ce “Petit Prince” et tu sembles en avoir tiré quelques
enseignements. Je suis curieux, peux tu m’en dire un peu plus ?
F : Il s’agit d’un livre écrit par Antoine de Saint Exupéry en 1942, durant la deuxième guerre
mondiale. A cette époque l’auteur est en exil à New York après avoir travaillé pour
l’aéropostale en France et avoir tenté, en vain, de faire carrière dans les armées.
A cette époque il tente de rallier les Etats-Unis au conflit qui a lieu en Europe et continue à
s’adonner à sa passion de l’écriture. Ce livre est un véritable best sellers depuis sa parution.
Cet essai arrive deuxième, derrière la Bible, en terme de ventes.
S: Il était maçon ?
F: le petit prince ?
S: Mais non, ton Saint-Ex ?
F: Cela n’a jamais été prouvé ou évoqué dans son parcours.
S: Ok, j’en sais un peu plus mais de quoi est-il question ?
F : Il s’agit d’un dialogue entre un aviateur qui vient d’échouer son avion en plein désert et
un jeune garçon, petit prince de son état. Leur rencontre fortuite et leur échange va se
poursuivre par un voyage de ce petit prince au travers de plusieurs “planètes” qui se
terminera chez nous, sur Terre.
S: Très bien, un livre sur un dialogue, fantastique, merveilleux mais les enseignements ? j’ai
un peu de mal à suivre.
F: Je dois avouer ne pas tous les avoirs vu, compris et interprété. Je suis persuadé que ces
enseignements sont très nombreux et qu’il me faudra encore beaucoup de lecture et de
relecture avant d’en avoir tirer toutes les leçons. Aussi, avant d’aller plus avant sur ces
enseignements, je voudrais te parler de ce dialogue, première partie de ce livre. S’il y a un
premier enseignement que je retiens, il sera là.
S: Vraiment, mais ne perdons pas de temps. Si tu peux rapidement m’expliquer, j’en serais
heureux.
F: Allons, mon Frère, ne soit pas si pressé, ne soit pas à l’image de tous les adultes décrit
par Saint-Exupery. Revenons à la base ou à l’auteur. Il s’agit d’un homme qui, durant toute
son enfance, a été seul. Il n’a pas vraiment eu l’opportunité de se construire un cocon ou
cadre affectif car ses dialogues avec les adultes ont toujours été des échecs qui se sont
traduits par de l’incompréhension.
S: Je te confirme, mon Frère, les échanges entre adultes et enfants sont souvent à sens
unique. je ne comprends pas toujours mes filles et j’ai le sentiment qu’elles ne me
comprennent pas toujours. Pourtant il faut bien qu’elles acceptent le cadre dans lequel je
souhaites les amener et les voir se construire, adhérer à mes valeurs. L’incompréhension
n’a pas sa place, tout doit être limpidement compris et pris en compte. Je suis l’adulte et
elles sont des enfants. Elles doivent faire l’effort de comprendre et ne pas essayer de
construire leur propre monde. À ce propos, qui est ce petit prince avec lequel notre aviateur
discute et qui vit dans son monde ?
F: Selon moi, il n’est que la représentation de cet aviateur enfant. Il le présente tel qu’il
devait s’imaginer enfant. Plein de rêves et de planètes bien à lui où il pouvait être le prince
sans le jugement de son entourage d’adultes. Vois tu, c’est là que les choses deviennent
intéressantes pour moi. Je crois que nous ne devons pas perdre de vue l’imaginaire et les
mondes et aspirations que nous avons construit et développé lorsque nous étions enfant.
S: Mon TCF, excuses moi mais c’est idiot. Notre vie d’enfant doit s’arrêter quand l’âge adulte
arrive. Crois en mon expérience.
F: Vraiment, enfant, n’as tu jamais eu ta propre façon de penser, tes propres envies, tes
propres rêves qui auraient pu se réaliser en devenant adulte ?
S: Bien sur, mon âme d’enfant m’a accompagné jusqu’à ce que j’arrive à l’âge adulte et que
je commence à travailler, certains diront que je suis resté un grand enfant mais, je les
connais, ils sont comme moi….. J’ai eu la chance de réaliser un de ces rêves en embrassant
une carrière qui m’avait attirée dès mon plus jeune âge et que j’imaginais comme le chemin
idéal pour mon avenir.
F: Et donc ????
S Je me suis rendu compte que l’enfance et l’âge adulte sont deux faces bien distinctes pour
chaque homme. Quand l’enfant est insouciant, l’adulte est sérieux. Les deux faces sont
parfois complémentaires mais, pour mon cas, je dois reconnaître qu’elles n’étaient pas
compatibles. Aussi, après avoir fait le deuil de mon enfance en rejoignant un métier sérieux,
j’ai dû me résoudre à abandonner ce métier sérieux pour enfant pour un métier sérieux pour
adulte….
F: Quoi ? comment ? comment est-ce possible ? Tu as abandonné ton enfance pour devenir
un adulte mais en perdant toute la pureté et l’insouciance propre à l’enfance. Au travers du
“Petit Prince” justement, j’ai pris conscience que nous ne devons pas perdre de vue nos
rêves d’enfants, nos ambitions, nos désirs, nos souhaits tout en travaillant notre part
d’humanité au risque de perdre les deux définitivement.
Saint Exupéry nous explique que, de son côté, le Petit Prince passe son temps à gommer
les aspérités de sa planète, de son monde. Au travers de l’image des baobabs qui infestent
son environnement et qu’il doit éliminer chaque jour sous peine d’invasion il nous fait
prendre conscience que même enfant nous ne devons pas nous résoudre à abandonner
face à la difficulté. Même si les choses peuvent paraître difficile ou si tous ceux qui nous
entourent tentent de nous décourager, nous devons travailler à rendre possible nos rêves à
l’image de ce Petit Prince qui travaille sans relâche à entretenir sa planète. Si je peux me
permettre, je vois là une parfaite comparaison avec nos jeunes apprentis qui doivent
travailler leur pierre brute. Toutes les aspérités de la pierre, comme les baobabs doivent être
éliminés.
S: Jusqu’au jour où tu ne seras plus enfant mais adulte ou bien, pour reprendre ton
analogie, tu seras amenés à passer compagnon.
F: Justement non, j’ai compris que tout adulte ne doit pas perdre de vue que son enfance
doit être la période de sa vie durant laquelle ses envies doivent germer et qu’il convient à
l’adulte de les réaliser. Quand Saint Exupéry dessine une boîte renfermant un mouton, le
Petit Prince comprend que le mouton est vraiment à l’intérieur parce qu’il n’imagine pas le
dessinateur capable de faire son dessin sans répondre à son attente première. Il veut un
mouton. Un adulte sans lien (ayant gommé de sa mémoire ses rêves) avec son enfance ne
verra qu’une boite sans imaginer ce qui peut être présent à l’intérieur en raison de son
emprisonnement aux codes et aux normes auxquelles l’adulte doit répondre. L’enfant est
libre quand l’adulte est prisonnier du cadre dans lequel il se positionne ou dans lequel le
monde le positionne tel le scientifique qui présente ses recherches sur la planète du Petit
Prince dans un costume traditionnel et qui n’est pas pris au sérieux par ses condisciples,
jusqu’au jour ou avec un costume plus classiques les mêmes travaux sont enfin pris au
sérieux. Pour Paraphraser l’auteur,je te dirais que ”toutes les grandes personnes ont d’abord
été des enfants (Mais peu d’entre elles s’en souviennent)”
S: Très bien, j’ai été enfant, j’ai eu des rêves et j’ai réussi à en réaliser certains mais je
n’arrive pas à te suivre sur les enseignements que tu as pu trouver dans ce livre.
F: Encore une fois, tout au long du début de ce récit, j’ai découvert que l’auteur avait bien
peu de considération pour ses semblables. Des hommes “raisonnables” comme il aime à les
nommer. C’est à dire des personnes qui ont perdu de vue leur enfance et qui veulent
l’obliger à s’inscrire définitivement dans un cadre (raisonné, validé par des fait scientifiques)
qu’ils aiment poser et imposer aux enfants. Au travers de cette présentation de son enfance,
Antoine de Saint Exupéry aime nous dépeindre les adultes comme des personnes ayant une
perception de la vie très segmentée et nécessitant sans cesse des explications sur tout.
S : Cela tombe bien, parce que justement, en Loge, nous essayons de comprendre toutes
les choses qui nous entourent. Ce sont des symboles dans un premier temps mais cela
pourra être d’autres choses plus tard. Tout notre travail en Loge me semble être résumé
ainsi. Apporter une explication et/ou une application rationnelle à un symbole de notre
quotidien.
F: Et bien non, je ne suis pas d’accord avec toi. Certes notre travail en Loge nous amène à
nous interroger sur les symboles qui nous entourent. Doit-on pour autant formaliser une
réponse rationnelle à tous. Je ne le conçois pas ainsi. Surtout que ma vision pourra ne pas
être la même que la tienne. Tiens par exemple, je pourrais te dire que pour moi l’aviateur et
l’enfant ne sont qu’une seule et même personne, que cette panne d’avion est le prétexte ou
le moyen de faire son introspection, de mettre face à face idéal et vie réelle, d’amener cet
aviateur dans son cabinet de réflexion prêt à réfléchir sur ce qu’il est, ce qu’il a été et ce qu’il
aimerait devenir en s’imprégnant de ses souvenirs et de ses rêves d’enfants. Est ce pour
autant une compréhension commune, je ne suis pas sur. C’est justement cette
complémentarité naturelle entre ces visions, approches, compréhensions qui composent la
Loge et rendent parfois irrationnel nos interprétations.
S: Certes, mais tout le monde n’est pas conciliable, tous les avis ne sont pas conciliables.
Chaque nouvelle pierre qui vient s’amalgamer dans notre atelier doit elle obligatoirement
apporter quelque chose de nouveau ?
F : Justement, je prends l’exemple de la fleur que le Petit Prince découvre avant de
commencer son voyage. Il l’attend, la convoite, l’espère, l’idéalise parce qu’elle n’est pas
semblable à toutes les fleurs qu’il a déjà vu naître et disparaître sur sa planète. Mais dès
l’éclosion, le charme semble rompu, elle n’est pas “à la hauteur” des espérances du Petit
Prince, la vanité de cette fleur attriste notre enfant parce qu’à force de l’idéaliser il est
forcément déçu. Comme nous, enfant ou adultes, avons pût être déçu par certaines
attitudes, comportements d’enfants et/ou d’adultes à notre égard ou à l’égard d’autrui. Ces
troubles nous ont, quand même, construit et nous ont amené à être ce que nous sommes
aujourd’hui. Nous pouvons donc apporter quelque chose de nouveau quand nous sommes
initiés. Cette nouveauté c’est justement notre parcours, nos contraintes, nos réussites, nos
doutes, nos idéaux perdus. Autant de choses qui nous rendent unique même si notre
chemin a pu être emprunté par d’autres avant nous et le sera aussi après nous.
S: En résumé, tu me fais prendre conscience que je suis unique, que mes rêves d’enfants
restent important même aujourd’hui après en avoir réalisé certains ou en en ayant gardé
certains prêts à éclore. Il me faut garder un peu, beaucoup, passionnément de mon âme
d’enfant pour faire ou devenir un adulte meilleur encore. Ce ne sera pas simple mais c’est
bien l’ambition acceptée lors de notre initiation. Corriger nos défauts, améliorer nos qualités
et faire de nouveau progrès en Maçonnerie.
Le Petit Prince, lui, déçu par sa rencontre avec cette fleur idéalisé ne se résout pas à oublier
ses autres envies, désirs, il fait alors le choix de partir découvrir les planètes qui l’entourent,
de voyager mais ça, c’est une autre partie de ce livre que nous découvrirons dans notre
prochain travail au 2° grade.
Nous avons dit.

No responses yet