TTRRFF, RRFF, TTVVFF, VVFF et vous tous mes BBAAFF,
Mon travail de ce soir a pour thème « La quête, vagabonde et nomade »
Permettez-moi, tout d’abord, de vous partager ce que la quête représente pour moi.
Ce terme me renvoi à mon adolescence et à quelques aventures lors de grands jeux durant ma période scoute. Cela m’évoque aussi quelques jeux vidéo comme Zelda. Il s’agit, pour moi, de partir vers l’inconnu à la recherche d’un bien matériel ou immatériel qui doit me rendre meilleur, plus fort, plus habile ou que sais-je encore.
Le Larousse, quant à lui, nous propose 3 définitions à la quête :
-L’action de chercher
-L’action de collecter des sommes
-L’action de chercher le gibier.
Assez amusant cette dernière définition pour des Francs-Maçons réunis sous le patronage de Saint Hubert.
Mais revenons au thème et surtout faisons le lien avec les deux adjectifs que notre V.M. a adjoint au terme de quête.
Vagabonde et Nomade : Comme si la recherche pouvait et devait se concrétiser forcément par l’esprit du voyage sans but précis. Un peu antinomique si nous nous mettons en quête d’un objectif précis mais sans savoir précisément où nous pourrions le trouver.
Wikipedia nous apprend que le Vagabondage désigne communément le style de vie de celui qui vit de manière permanente sans adresse et sans emploi fixe, volontairement ou non, le « sans feu, ni lieu », errant de ville en ville.
Le nomadisme, quant à lui, est un mode de vie qui comprend des déplacements humains périodiques pour diverses raisons. Il y a divers groupes de nomades, tels les chasseurs-cueilleurs, les pasteurs nomades, commerçants nomades, les nomades saisonniers
Il y a donc clairement un lien entre cette action (partir en quête) et ces adjectifs (vaganbonde et nomade) qui viennent compléter et préciser le chemin qui devra être parcouru.
Il s’agira de partir, d’aller de l’avant, de changer de route, de changer tout court, d’errer pour, parfois, trouver. Mais trouver quoi, nul ne le sait jusqu’à ce qu’il l’ai trouvé et compris ce qui est souvent plus dur que la recherche elle-même.
Cet objectif tant désiré pourrait il être supérieur à un quelconque objet ou résultat ?
C’est bien le sens que je vais essayer de dérouler ce soir avec vous.
Tout d’abord, je voudrais nous replonger dans notre rituel du 2eme grade et en particulier la cérémonie de réception qui fait le lien, de mon point de vue, avec cette quête vagabonde et nomade.
Lors de cette cérémonie, nous apprenons au candidat qu’il a fait son temps, qu’il a dégrossi la Pierre Brute. Il est donc pourvu de qualités qui ont été remarquées par ses Maîtres. Il lui est également indiqué que la Loge lui a « ouvert le chemin des connaissances ». Je vois là une parfaite image de cette quête. Un chemin vers des connaissances auquel il est ajouté « Plus vous irez en avant et plus, à force de travail, vous ferez des découvertes satisfaisantes ». Ce qui est une véritable invitation à s’ouvrir vers l’inconnu sans arrière-pensée et sans limite dans l’investissement personnel.
Il y a donc un lien fort, je crois, entre cette quête qui doit nous animer en tant que Maçons cherchant vers de nouvelles découvertes et de nouvelles connaissances et la cérémonie de réception au grade de Compagnon.
Le reste du rituel viendra conforter ce point à plusieurs égards.
Les 5 voyages qui suivront sont particulièrement significatifs. Tout d’abord car chacun de ces voyages sera réalisé avec des outils différents.
Le premier avec un maillet et un ciseau, les outils de l’AA qu’il a utilisés lors de son initiation. Le Vénérable rappelle que le candidat doit savoir utiliser ces outils mais qu’il n’en a pas la maitrise complète, qu’il se doit de rester attentif à la ligne que son Maître a tracé pour lui.
Il convient donc d’être attentif de ne pas oublier les fondamentaux, les valeurs que nous avons apprises ou renforcées lorsque nous étions AA.
Le deuxième voyage est réalisé avec un compas et une règle. Il permet de rentrer dans la Maçonnerie pratique. C’est-à-dire qu’il ouvre la possibilité au candidat de compléter ses connaissances et de les mettre en pratique en traçant des lignes. Il est ainsi confronté aux premiers enseignements scientifiques.
Nous sortons d’un mode en 2D pour commencer à appréhender le monde en 3D. A nos fondamentaux viennent s’ajouter de nouveaux enseignements, principes et vérités.
Le troisième voyage est réalisé avec la règle toujours et le levier. C’est le passage du basique à l’élaboré. Le candidat a taillé les pierres, à tracé les lignes, il peut à présent s’employer à déplacer les pierres pour les positionner à l’emplacement idoine en accord avec les lignes qu’il aura tracées.
Nouvelles recherches, nouvelles découvertes, nouvelles quêtes résolues, le temps est le meilleur allié du candidat qui à force de pratique va compléter ses compétences et s’ouvrir de nouvelles perspectives. Il ne faut pas désespérer, la quête ultime est encore à venir.
Quatrième voyage avec une équerre et une règle. Le retour de la règle vu au deuxième voyage et la possibilité d’ajouter une nouvelle façon d’en appréhender son usage. Après le traçage de lignes, nous passons à l’élévation des bâtiments.
Ce quatrième voyage est un tournant dans la réception, le candidat n’est plus seulement un sachant qui a accumulé des connaissances et des valeurs, il se doit maintenant d’être l’exemple à suivre, il devient la référence pour les autres quand lui-même n’a pas encore accepté qu’il était en mesure d’être celui qu’il est prédestiné à être.
Cinquième voyage et, chose étrange, pas d’outils dans les mains pour le candidat car il est maintenant suffisamment instruit pour appréhender les théories de la construction.
Dans cette nouvelle quête, nous sommes surpris par l’absence d’outils. Ce n’est pas parce que nous devons maintenant penser les constructions qu’il n’y a pas d’efforts à réaliser. Il pourrait même être pertinent de redoubler d’efforts dans cette situation au risque de tomber dans l’oisiveté et la suffisance.
Ainsi les quêtes que nous rencontrons tout au long de notre parcours maçonnique sont autant d’expériences et de découvertes qui doivent nous renforcer, mettre en avant nos valeurs, nos compétences ou notre détermination.
Les pas du compagnon, quant à eux, sont la démonstration pratique que le Maçon doit savoir se remettre en question pour aller vers l’inconnu, sortir des sentiers battus pour, comme l’indique le rituel « changer de travail selon que le besoin l’exige ». C’est-à-dire qu’il ne faut pas se contenter de ses acquis mais bien sans cesse travailler à en appréhender d’autres et aller à la découverte de nouvelles techniques, méthodes pour améliorer son être.
En définitive, notre cérémonie de réception au 2eme Grade permet à l’AA de devenir CC mais il lui permet surtout de toucher du doigt les changements qu’il devra mettre en œuvre. Acquérir de nouvelles connaissances, les confronter à des Maitres différents, les compléter à nouveau, remettre son travail sur l’établi pour parfaire encore et toujours sa pratique, aiguiser son œil, affiner son touché, penser différemment, s’ouvrir de nouvelles portes ou plutôt ouvrir de nouvelles portes dans son cœur.
Tout ces enseignements décrits dans notre Rituel sont aussi des enseignements symboliques. C’est parce que je saurais d’abord écouter avant de parler que je serais pertinent, c’est parce que je ferais preuve d’humilité que j’arriverais à changer mes façons de faire, c’est parce que je serais bienveillant que l’on m’ouvrira la porte, c’est parce que je ne jugerais pas que j’obtiendrais la confiance d’autrui, c’est parce que je ne me fixerais pas de limites que je saurais rendre au centuple ce que l’on m’aura donné.
Toutes ces aventures ne peuvent pas et ne doivent pas s’accomplir dans un vase clos. C’est en sortant des sentiers battus comme je l’indiquais avant que nous pourrons apprendre d’autres choses. Exotiques pour certains, complémentaires pour d’autres. Le pas du Compagnon est significatif, il faut voyager, aller d’un Maître à un autre, ne pas hésiter quand nous doutons, se remettre en question, questionner pour s’améliorer, reproduire quand nous maitrisons. Nous devons être Nomade et Vagabond dès que nous sommes Compagnon. Les portes s’ouvrent à nous. Saisissons cette chance.
La relecture du rituel et l’interprétation personnelle que je viens de vous partager m’apporte l’opportunité d’évoquer une autre quête vagabonde et nomade que je poursuis depuis de nombreuses années.
Je vous en parlais en préambule, mes années scoutes ont été les prémices de cette quête, attendre toute l’année de découvrir un nouveau terrain de jeu sur lequel se construiront de formidables souvenirs et commencer à forger mes valeurs. Cela fut suivi d’un début de carrière professionnelle particulière comme vous le savez avec l’envie et le souhait toujours d’être appelé au grand large si possible mais surtout de vivre dans des conditions où l’adaptation de soi était le quotidien.
Ce fut ensuite la découverte du privé et surtout de 11 sociétés en 22 ans avec des rôles et des responsabilités variées qui m’ont permis d’affiner mes outils, mes valeurs, mes compétences. Entre temps, la découverte de la Maçonnerie, à la vitesse du TGV la prise de responsabilité toujours marqué, je crois, par l’envie d’apprendre, de confronter ses points de vue et ses certitudes pour changer, évoluer, s’améliorer. Sans toujours réussir mais avec la certitude que le travail est nécessaire pour être à la hauteur de mes espérances et des attentes de certains d’entre vous.
Enfin, depuis quelques années maintenant, vous le savez, je poursuis une nouvelle quête. Cette dernière n’est pas énormément nomade et vagabonde car je sais jour après jour quelle est ma destination, mon point de chute, le nombre de km, et la suite de l’aventure. Non, ce qui fait l’intérêt de cette quête ce n’est pas vraiment sa destination mais bien le chemin dans sa globalité.
Après des premières étapes avec des Frères et des amis, j’ai décidé il y a 3 ans de continuer le chemin seul. Enfin, pas vraiment seul car les rencontres sont le sel de cette aventure mais sans être accompagné de personnes connues. Une façon pour moi de me libérer d’un cadre trop protecteur où les journées se déroulaient seulement entre nous pour basculer vers l’inconnu de la rencontre particulière de la journée à venir, des nouvelles connaissances en français, en espagnol ou en anglais. La possibilité de sortir d’un cadre trop contraint pour réduire certaines étapes ou les allonger, changer d’hébergement pour se rapprocher de nouvelles connaissances, profiter d’un lieu particulier en « perdant » une journée pour se ressourcer et remettre les batteries à niveau, bref à chaque jour suffit sa peine et il faut savoir profiter du moment présent. Vaincre sa timidité, voir et revoir certains visages durant 10 jours permet de faire tomber les barrières inconscientes que l’on porte avec soi ou en soi.
Cette quête a ceci de passionnant que vous croisez des croyants, des athés, des perdus, des qui ont trouvé ou croient avoir trouvé, bref un attelage bigarré qui se rassemble par intermittence, à la faveur d’un rayon de soleil ou d’un abri protecteur quand la pluie se fait battante. L’occasion de sympathiser, de travailler ses valeurs aussi, l’écoute, la résilience, l’ouverture, l’esprit de découverte sans jugement, juste l’envie et la possibilité de partager l’effort réalisé ou à venir, quelques brides de vie qui donnent à réfléchir, à comprendre, à appréhender pour faire de nouveaux progrès, pour se changer et faire changer parfois.
A ce propos, je repense à un bref échange avec l’un de mes collaborateurs il y a quelques jours. Il me parlait d’un collègue expliquant sans le dire qu’il était spécial et qu’il était parfois compliqué de suivre ses intentions. Je profitais de l’occasion pour lui partager que nous étions tous spécial pour les autres. C’est bien ça qui est intéressant. Il ne faut pas seulement s’arrêter à la première impression mais bien sortir du cadre qui nous est imposé dans nos relations pour mieux découvrir nos interlocuteurs et finalement se rapprocher.
Il est certain, en revanche, que si nous ne nous mettons pas en route, rien ni personne ne viendra à vous. Dans notre société trop individualisée, faire le choix d’aller à la rencontre de l’autre, sans préjuger ni juger est la prémisse du bonheur. Je suis stupéfait jour après jour par les résultats obtenus par cette démarche.
Bien sûr, vous ne trouverez pas toujours les portes et les bras ouverts pour vous accueillir, les dangers et les chausses trappes sont légion sur ce chemin. Mais un bon vagabond saura déceler les pièges parce qu’il en aura subi tant et tant. Il en connait les résultats jusqu’au plus profond de sa chair parfois alors il utilise ces enseignements utiles pour éviter les flaques et les trous et rester au sec quand la tempête se fait menaçante.
Voilà mes TTCCFF ce qu’est ma quête nomade et vagabonde. Un assemblage de rendez-vous voulus ou subis mais qui apportent toujours. Au fond cela me renvoi sans cesse à cette cérémonie de réception au grade de Compagnon. Des outils différents à chaque voyage pour affiner et sublimer notre pierre brute comme des visages et des personnalités différentes rencontrés sur le chemin, la possibilité de changer pour mieux se remettre en question, challenger nos choix et apprendre jour après jour à faire de nouveaux progrès qui vont m’apporter mais qui doivent aussi apporter à tous, profanes comme initiés, AA, CC ou MM. Souffrir parfois car le sac peut être lourd et pas seulement par son poids.
Je retiendrai surtout que la quête n’a de sens, non pas par sa finalité, mais surtout par le chemin à parcourir pour atteindre cet objectif. Obtenir une nouvelle compétence n’a de sens que si l’effort pour réussir cette récompense est une épreuve et la possibilité d’apprendre, de découvrir et de s’améliorer. Il est certain que je ne trouverais pas de réponses idéales sans devoir y mettre de la volonté, si je ne suis pas contraint à dévier de ma route, à couper court, à contourner pour mieux appréhender et profiter pleinement d’un résultat qui se dérobe à moi. La facilité est une mauvaise amie, elle pervertie la beauté je crois.
Je terminerais par 2 citations :
La première de Mark Twain : « Le succès est un voyage pas une destination. Cela demande un effort, une vigilance et une réévaluation constantes. »
La deuxième de Ghandi : « C’est dans l’effort que l’on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire. »
J’ai dit Très Vénérable
Serge Durigon le 01/02/2024

No responses yet