Travail écrit pour ma demande d’augmentation de salaire il y a quelques années…. (2006).
Très vénérable et vous tous mes frères en vos grades et qualités.
Je voudrais vous conter, ce soir, l’histoire d’un homme qui vivait dans une contrée lointaine et à une époque ancienne.
Durant toute sa courte vie, il n’avait jamais ressenti dans le regard des autres la moindre parcelle de respect ou de peur envers lui et il en était fort malheureux. Il considérait que son destin, sa vie méritaient mieux et que le monde devrait le connaître et le reconnaître pour ses qualités ou ses défauts. Sa seule renommée comptait.
Ayant entendu parler d’un certain « Hercule » qui avait, parait il, réussi 12 travaux extraordinaires, il décida que lui aussi serait dorénavant connu pour un fait hors du commun. Le seul problème était qu’il ne savait pas lequel entreprendre.
Pour se donner force et vigueur, il entama une petite sieste dans un pré non loin de sa demeure. Réveillé par le chant des oiseaux, une idée germa en lui. A sa connaissance, aucun homme n’avait été capable de voler comme un oiseau. Il serait donc le premier. Il se mit donc immédiatement au travail et confectionna deux magnifiques L à l’aide de morceaux de bois, de feuilles et de divers instruments.
Son œuvre fini, il fit une annonce à l’ensemble de la communauté avec laquelle il vivait pour lui annoncer son intention. Il prit ses ailes et monta sur la plus haute falaise environnante. Il ajusta les ailes sur ses bras et fou de vanité à l’idée que son entreprise réussirait, il s’élança dans le vide et commença à battre des ailes.
(silence)
Malgré le redoublement d’effort dont il fit preuve pour profiter de la portance de l’air, il commença à chuter comme une pierre et finit par s’écraser lourdement, détruisant son œuvre et une partie de ses vêtements. En s’évanouissant, il entendit au loin les rires et les sarcasmes de sa communauté qui ne manquerait pas de lui « tailler un costume à sa taille » comme on dit de nos jours….Il aurait du savoir qu’à s’orner de bijoux ou d’artefacts pour combler ses rêves, il n’arriverait rien de bon. Dieu seul a le pouvoir d’aller et venir entre son royaume et le notre pour démontrer sa puissance.
A son réveil, tout endolori de son expérience, il se remémora les remarques de ses congénères, son corps n’était pas le seul atteint, sa fierté également était attaquée.
Reprenant tous ses esprits, il constata qu’il avait « atterri » non loin d’une vaste étendue d’eau qui couvrait une grande partie de son horizon. Seuls détails perceptibles, un village non loin d’une forêt. Sa situation ne lui permettait pas d’autres issues que l’eau, coincé qu’il était entre elle et la falaise d’où il s’était élancé.
Durant toute sa vie, il avait toujours cru être un homme doté d’une Grande force et d’une grande résistance à l’effort. Mais la traversée de cette étendue ne serait pas facile, il faudrait beaucoup de détermination. C’était sans compter sur l’orgueil qui lui fit un signe et le conforta dans ses espérances.
Il entama donc cette traversée. Tout d’abord dans un crawl ample et efficace. Mais au bout de quelques bordées, il sentit que sa jambe droite se contractait dangereusement, la crampe n’était pas loin. Il ralentit donc son rythme et passa à une brasse coulée adaptée. Puis ce fût au tour du bras gauche d’être également pris de crampes. Décidément son corps ne l’aidait pas dans sa tentative. Il avait à peine fait un peu plus de la moitié du parcours qu’il était tétanisé par son effort. Il continua à progresser de façon très désordonnée et au bout d’un petit moment, il commença à sombrer, coulant comme une pierre.
(silence)
Dans son malheur, la chance lui sourit. Alors qu’il allait atteindre le fond, il fut pris dans un courant marin qui l’envoya vers la surface et le propulsa littéralement sur la rive proche de sa destination finale. Complètement exténué, ayant bu la tasse plus que de raison, il lui fallut plusieurs heures pour reprendre connaissance. Encore une fois, le destin et la nature l’avaient sauvé d’une mort assurée. L’eau n’avait pas totalement rempli son office, son esprit était toujours souillé par ses désirs de Grandeur. Son cœur n’avait pas encore compris et assimilé les leçons de ses deux précédentes tentatives.
Après un bref coup d’œil sur son environnement, il s’aperçu qu’il avait améri en bordure de la forêt qu’il avait deviné précédemment. Elle était constituée d’arbres majestueux dont on distinguait à peine la cime. Ils étaient solidement ancrés dans le sol par des racines nombreuses et puissantes. Notre homme compris que les voyages et les expériences n’apportaient rien, à la vue de ces arbres, l’immobilisme avait toutes les vertus. Et puisque ni l’air, ni l’eau n’avait voulu de lui alors il serait « l’Homme Arbre » que rien ni personne ne pourrait déraciner de sa terre d’accueil tel un Roc. Il prendrait ainsi le meilleur de la terre pour grandir, se développer et tenter d’atteindre le ciel pour se rapprocher de Dieu. Il ferait la fierté des habitants de cette contrée et lui permettrait d’être enfin reconnu pour ses qualités et ses capacités. Il se mit donc debout et resta là, immobile. La nuit venue, le froid piquant et le vent ne le découragèrent pas. Mais au petit matin, les nuages s’amoncelèrent et on commença à entendre au loin le roulement du tonnerre. Toujours obstiné à ne pas bouger, il entendit claquer le premier éclair. L’orage approchait mais la pluie ne le découragerait pas.
Le deuxième éclair fit plus d’effets. Il tomba sur son voisin qui faisait bien dans les 30 mètres de haut. L’arbre se fendit en deux et commença à prendre feu. Les braises commençaient à ronger les herbes tout autour de notre homme et d’autres arbres prenaient feu également. Quand il sentit que le prochain éclair serait pour lui, il détalla. A cet instant un éclair tomba à l’emplacement précis où notre homme se tenait quelques secondes auparavant. Dans sa précipitation, il trébucha et tomba lourdement.
Encore une fois, ses désirs dépassaient ses capacités. Les ailes ne lui avaient pas données sa liberté, l’eau ne l’avait pas purifié De ses folles envies et le feu envoyé par Dieu lui faisaient comprendre qu’il n’était pas encore digne de figurer parmi les hommes bons puisqu’il avait décidé de le déloger.
Réveillé par la pluie qui tombait depuis quelques minutes, notre homme se remémora son aventure et dut se rendre à l’évidence, ce genre d’exercice n’était pas vraiment fait pour lui. Son corps était exténué par de telles péripéties et son cœur de pierre commençait à se ramollir. Une chose l’intriguait cependant. Pourquoi avait il trébuché ?
Il s’approcha près de l’endroit d’où émergeait un bout de pierre. Curieux, il l’a déterra et la contempla. Elle n’était ni vraiment longue, ni vraiment courte, ni vraiment grosse sans être petite. En un mot elle ressemblait à celle-ci (montrant la pierre brute).
Ainsi tout au long de son aventure, l’image de la pierre l’avait accompagné. Il était tombé comme une pierre lors de sa tentative d’envol, avait coulé comme une pierre dans le lac qu’il avait tenté de traverser et s’était pris pour un roc au milieu de cette forêt pour finalement trébucher sur ce caillou.
Il se remémora alors l’histoire que lui avait conté un vieil artisan de son village. « Il ne sert à rien de vouloir obtenir la félicité si tu n’es pas capable de corriger ton cœur et ton âme. Admire les monuments qui nous entourent, ne sont ils pas l’œuvre de ceux qui ont trouvé le chemin idéal, de ceux qui ont su faire de ces pierres les reflets de leurs cœurs ? En les taillant selon les rites ancestraux, ils ont su transcender l’état initial de ces pierres et leur ont permis, ainsi, de devenir des pierres sacrées. L’apprentissage de la taille est en lui-même un dur labeur qui peut, selon les apprentis prendre plus ou moins longtemps. Mais ce qui est primordial, c’est la capacité de chacun à apprendre et à comprendre les moyens supérieurs nécessaires à la réalisation de la métamorphose.»
Le message ne pouvait être plus sibyllin. Il lui fallait travailler à améliorer son cœur de pierre pour trouver la meilleure façon d’embellir ce qui l’entourait. Il vit tout de suite la potentialité de cette pierre. L’absence apparente de forme concrète et parfaite méritait d’être travaillée. Il la prit donc sous son L et se rendit près d’un maître maçon qui travaillait à la construction d’un temple pour qu’il lui prête un maillet et un ciseau. Ce dernier, ému par l’état de l’homme alla chercher ses biens et le laissa travailler.
Après trois jours et trois nuits d’intense labeur, le maître maçon vint voir cet inconnu et contempla son travail. Il découvrit une magnifique pierre taillée, parfaitement jaugée et tout a fait prête à l’emploi pour l’édifice qu’il bâtissait. Le maçon posa alors cette question à notre homme :
« Qu’as-tu appris de ton aventure et de ton travail ? »
L’homme répondit :
« Qu’il faut savoir ouvrir son cœur de pierre et le façonner sans cesse pour découvrir la beauté Universelle de l’homme. Rien ne sert de courir après des chimères que certains appellent félicitée ou renommée. Cette pierre, grossière quand je l’ai découverte, est maintenant devenue une pierre magnifique grâce au travail que j’ai accompli sur mon âme. Elle m’a été envoyée par Dieu pour que je prenne conscience de mes défauts et maintenant je la lui rends pour que la construction de son temple continue. Elle m’a permis de comprendre que je ne devais pas chercher dans le regard des autres le respect ou la crainte mais qu’il me fallait travailler sans cesse sur moi même pour faire éclater la couche superficielle qui recouvrait mon cœur et mon âme. Cette pierre qui est une matière première mystérieuse contient toutes les potentialités, si l’on veut bien y prêter attention. L’homme doit apprendre à travailler la pierre pour faire apparaître ses qualités mais il ne peut le faire qu’en allant puiser au plus profond de lui tout l’amour et toute la beauté qui s’y trouve. Ainsi, par l’introspection, on obtient un travail beaucoup plus sacré et profond que si l’on se suffisait de quelques coups d’éclats rapides et désordonnés. Je suis et resterai un homme avec ses défauts et ses qualités, mais je sais maintenant quelle voie je dois suivre. Celle du travail et de l’amélioration de mes qualités au détriment de mes défauts. Ce chemin, que j’ai décidé de parcourir, est semé d’embûches et de pièges, il me faudra m’armer de patience et de persévérance pour arriver à les éviter. Mais je sais pouvoir compter sur Dieu et sur mes semblables pour m’aider dans mon entreprise.»
A la suite de ce travail, notre homme décida donc de parcourir le monde pour offrir ses services et ses connaissances. Il fut admiré et détesté mais ce n’était plus important à ses yeux. Seul comptait que son message universel soit compris et transmis. Il rencontra de nombreux Maçons qui l’aidèrent dans son entreprise et il participa à la construction de la plus part des Temples de sa contrée.
Ainsi donc, nous aussi travaillons nous sur la pierre brute, durant nos tenues mais aussi dans notre vie de tous les jours. La perfection n’étant pas de ce monde, cette pierre est et restera brute à nos yeux car nous aurons toujours besoin de la travailler pour la rendre plus belle et plus juste. Faisons confiance à nos F. pour nous aider à trouver le meilleur de nous même dans l’accomplissement de notre travail. Peut-être aurons nous la chance de voir notre Créateur nous aider à la finaliser quand nous le rejoindrons puisqu’Il est le seul capable de juger la justesse et la perfection de celle-ci.
J’ai dit.

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