TTRRFF, RRFF, TTVVFF, VVFF et vous tous mes biens aimés FF en vos grades et qualités,


Il y a 2 jours, notre V.M. m’a sollicité pour vous présenter un travail ce soir.
Je dois avouer que j’ai été pris de cours.
Nous avons tous la certitude d’avoir des tas de morceaux en attente de finalisation ou d’affinage en stock…… et là, pour ma part, j’étais un peu sec.


J’ai donc pris le temps de faire un peu d’archéologie. Je me suis replongé dans nos archives et dans les minutes de FF Orateur avant moi et je suis tombé sur une pépite.
Au-delà de me rappeler le souvenir de son auteur qui me manque, j’ai trouvé dans ces lignes du réconfort et de l’espoir.
J’ai donc fais le choix de reprendre cette minute, de m’en inspirer largement et d’y apporter ma patte si tant est que cela ait un intérêt.
Il s’agit donc de la Minute du FF Orateur de Novembre 2006. A cette époque, notre Frère Alexandre tenait mon plateau.
Il nous disait :
J’ai lu récemment un truc sur Jacob (oui, celui de l’échelle !) qui était apparemment une sorte de pauvre type qui ratait à peu près tout ce que Dieu lui demandait de faire pour être en grâce.
A chaque fois que Dieu lui demandait quelque chose, il se plantait lamentablement… un peu comme nous je crois.

On se plante et on doit la monter cette échelle, barreau par barreau pour accéder à la lumière…et on retombe et on remonte sans cesse. Tel Sisyphe et son rocher qui était condamné à le pousser du bas en haut de sa colline, nous devons chercher la force pour ne pas rester au sol.
Vous avez déjà dû vivre ce genre de situation où quoi que vous entrepreniez, tout ne se passait pas comme prévu, voire empirait votre situation. Mais, il faut aussi reconnaitre que nous savons être persévérants lorsque nous sommes persuadés d’être dans le vrai. Je suis également certain que beaucoup d’entre nous savons être obstinés dans ces cas-là, même quand tout se ligue contre vous. Je fais partie de ces hommes là…..


Mon message de ce soir est donc un message d’espoir. Nous sommes des êtres humains, nous avons des défauts, des faiblesses des fêlures et c’est très bien ainsi. Mais nous sommes aussi des maçons, forts de notre fraternité et de la puissance de nos symboles, nous appuyant sur nos faiblesses respectives pour mettre les nôtres en perspective.
Ne dit-on pas dans le rituel de combattre chez nous-même ce qui nous semble condamnable chez l’autre et de cultiver en nous ce qui est louable chez autrui?


Pas toujours facile de voir la paille dans l’oeil du voisin avec cette poutre qui me gâche la vue.
Décidément, plus je pratique et plus cette maçonnerie m’étonne et me conforte. La puissance qu’elle dégage est fantastique. L’appropriation par les FF des symboles communique une sensation extraordinaire. Elle agit souvent comme le catalyseur nécessaire à la bonification de l’être.
Il est le fruit d’un long travail sur soi, fait de petits pas et de grands retours en arrière. Etre cherchant ne s’improvise pas, l’apprentissage est long et fastidieux mais la récompense est au bout du chemin.
Ce chemin n’est pas facile, mais les balises qui le parsèment sont là pour nous aider. Alors, quelles sont-elles ces balises ? D’abord bien sur, les FF eux-mêmes et l’assiduité de tous est nécessaire au cheminement de chacun. Puis le rituel et les symboles.


Notre Frère Alexandre excelle dans l’usage de l’expression : « Tout est dans le rituel ». Il n’en a pas fait seulement un sacerdoce mais une véritable maxime universelle. A chaque difficulté dans ma vie profane (professionnelle, amicale et/ou familiale), un petit temps de réflexion avec l’aide de nos rituels devrait s’imposer à nous.
Est-ce que je prends ce temps ? Pas toujours hélas. Pourtant, il le faudrait. Je pourrais sans doute mieux appréhender certains sujets.
Quelle est l’équilibre nécessaire face à telle ou telle situation, dois-je rester droit comme un i sur mes positions, ne puis je ou ne dois-je pas vérifier que mon problème n’a pas de lien avec l’angle de ma position (trop fermé ou trop ouvert) ?
Quelle image ma position/posture donne-t-elle de moi ? Cette image est-elle conforme à ma volonté ? à ce que j’en attends ?


Mes FF, avoir le pouvoir de se dire Ma force est en « J » lorsque l’on se sent affaibli, que la détresse se rapproche et que l’on a besoin de soutien.
Avoir le pouvoir de se dire « je ne suis qu’une pierre brute » lorsque l’on se sent fort, que l’orgueil se pointe à l’horizon et qu’on a besoin de l’humilité.
Avoir le pouvoir d’être en confiance avec ses FF lorsque le doute s’installe et que l’on a besoin d’aide. Toutes ces choses qui font partie de notre vie d’homme et de maçon, mes FF, oui toutes ces choses là, sachons en mesurer l’importance.


Il y a quelques jours, un de mes interlocuteurs m’a traité de voleur et de malhonnête. Ma fierté en a pris un coup, vous vous en doutez.
Au-delà de la posture propre à une négociation commerciale complexe et dure, je fais le parallèle avec ce que disais notre Frère Alexandre. Que puis-je trouvé dans le Rituel qui me réconforte et me rassure sur mon honnêteté. Que vais-je trouver qui va me permettre de modifier l’image déformée que me renvoi le miroir de mon interlocuteur ?


A priori, rien ou pas grand-chose si ce n’est que des paroles et des mots écrits il y a plusieurs siècles et qui ne sont pas toujours suffisant pour exprimer avec clarté sa position. Que malgré toute la bonne volonté de chacun, prendre le temps de dire, de redire et d’écrire les choses n’est pas suffisant pour garantir la parfaite compréhension des positions et des enjeux de chacun.


Face à un blocage, l’introspection est nécessaire et même parfois vitale. Le retour aux fondamentaux s’impose. Dire ce que l’on va faire et Faire ce que l’on dit est primordial. La pédagogie est essentielle pour éclairer le chemin que l’on souhaite suivre et la remise en question personnelle et continuelle est vitale à une ouverture maximale aux autres.


Faire preuve de forces et de faiblesses, selon les situations est un apanage à cultiver pour nous Maçons.
Et cela est très simple à faire : il suffit simplement de croire en notre mission, et de nous rappeler le point N° 4 de la règle en 12 points :
4) La franc-maçonnerie vise par le perfectionnement de ses membres, à celui de l’humanité toute entière.
Car c’est bien de cela dont il s’agit. L’engagement qui est le notre commence ici et maintenant. Il doit être travaillé parmi vous pour mieux rejaillir à l’extérieur.


C’est de cette façon que des montagnes pourront être déplacés et des frontières abattues entre les hommes.
Ainsi, apaisé par la réflexion, conforté par vos avis ou remis sur le bon chemin par vos conseils, me voilà prêt à revenir vers mon interlocuteur avec de nouvelles attentions.
Peu importe qu’il comprenne immédiatement que les variables ont changés, que le contexte est différent. Un jour, sans doute, il aura, lui aussi, fait un bout du chemin et je crois qu’il aura changé. C’est bien là que se situe notre mission, notre devoir….


Ne pas cacher nos forces et nos faiblesses mais bien les travailler pour servir d’exemples.

J’ai dit VM
SD, le 04/04/2019

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One response

  1. Mes Biens-aimés Frères,

    Je voudrais réagir aux propos de notre Frère Serge lorsqu’il écrit “Faire preuve de forces et de faiblesses, selon les situations est un apanage à cultiver pour nous Maçons” et encore ” Ne pas cacher nos forces et nos faiblesses mais bien les travailler pour servir d’exemples.” D’abord merci à notre Frère Serge pour ces propos qui ont le mérite d’attirer notre attention sur l’essentiel, sur ces propos qui ont la force de la douceur, tant il est vrai que la douceur se soumet au réel, à la complexité, à la vie, au devenir, à l’à-peu-près du quotidien. C’est la vertu du pragmatisme.
    Celle de notre rituel qui nous apprend que dans toutes les situations du quotidien, celles où je me sens débordant d’une force incommensurable ou au contraire prêt de défaillir, succombant à cette douleur sourde et taraudante, il est nécessaire de prendre le plus de recul possible afin d’analyser, de comprendre, non pour excuser, mais pour élaborer la réponse pertinente.
    Comment réagir face aux situations qui nous ont blessées, à cet autre à en qui l’on avait placé sa confiance et qui nous a déçu, ou celui qui ne prend même pas la peine de répondre à mes appels ? Je pense à ces merveilleux conseils d’une éducation non violente, tels que nous les livre François de Sales dans L’introduction à la vie dévote : ” L’une des bonnes pratiques que nous saurions faire de la douceur, c’est celle de laquelle le sujet est en nous-mêmes, ne dépitant jamais contre nous-mêmes, ni contre nos imperfections car encore que la raison veut que quand nous faisons des fautes nous nous empêchions d’en avoir une déplaisante aigre et chagrine, dépiteuse et colère. En quoi font une grande faute plusieurs qui, s’étant mis en colère, se courroucent de s’être courroucés, entre en chagrin de s’être chagrinés, et ont dépit de s’être dépités ; car par ce moyen ils tiennent leur coeur confit et détrempé en la colère : et si bien il semble que la seconde colère ruine la première, si est-ce néanmoins qu’elle sert d’ouverture et de passage pour une nouvelle colère, à la première occasion qui s’en présentera ; outre que ces colères, dépits et aigreurs que l’on a contre soi-même tendent à l’orgueil et n’ont d’origine que de l’amour-propre, qui se trouble et s’inquiète de nous voir imparfaits”.
    Que m’a appris le Vénéralat depuis que je l’exerce au sein de notre Loge ? Qu’il n’est pas toujours doux de vivre. Mais la sensation d’exister appelle la douceur. Pour espérer la douceur, il faut encore en avoir la force. Il arrive qu’on n’y croit plus. L’usure s’est faite sans bruit, peu à peu. Il y a des vies blanches sans autre signe extérieur de leur destruction que d’appartenir à l’absence — à soi, aux autres, au monde. L’attrait que nous avons de de la douceur nous vient d’un temps plus ancien encore. D’une relation à l’autre antécédente à toute entrée même dans la langue. On ignore ce que provoque le manque de douceur. Parole bafouée, corps malmenés, exsangues, vampirisés, passions tristes — mais surtout des émotions calcinées, de pures cendres existentielles, que rien ne fera revenir du côté de la vie. Pour ignorer cette lacune on s’invente des satisfactions qui sont autant de compensations. Dans certains cas, on exonérera — inconsciemment ou pas — celui ou celle dont on attend de la douceur et qui n’en prodigue pas —inconsciemment ou pas — en l’excusant a priori.
    À ce manque, on oppose alibis, parjures, excuses et prétextes. On lui fait endosser nos désertions. Il n’est même plus insupportable, il décourage seulement de vivre. ce qu’on appelle aujourd’hui “dépression” est l’un des mode majeurs de ce déni du besoin de douceur
    Chacun offre à l’autre le récit de sa propre opacité, avec la meilleure intention. On fait de l’échange une religion et rien ne s’échange. Le plus abrasif reste le sentimentalisme qui, en réalité, a pris en haine l’émotion. Car l’émotion est toujours aussi pensée. Et favorise la liberté. Nos capteurs sensibles sont brutalisés ; nous en venons collectivement à accepter l’injustifiable.
    Que souhaiter à notre Loge que notre Frère Serge appelle “la belle endormie” ? Il nous faut reconnaître la place centrale que la culture chinoise accorde aux transitions, aux germinations invisibles et à la vie sensible. En Occident, les changements sont captés selon le principe de l’évènement, qu’on s’empresse de catégoriser. On est aveugle à l’imperceptible. Dans une culture du résultats, le discontinu fait mirage. Or à chaque instant, tout se modifie. Mais comment cela est-il arrivé ? Perçoit-on encore le moment de l’évènement quand on s’attarde à chaque détail d’un processus en devenir ? La douceur est exactement faite de cette étoffe car elle n’est pas saisissable catégoriellement, mais seulement existentiellement.. Comme sensation et comme passage, ou puissance de métamorphose.
    François Jullien, dans son beau livre, montre comment “les transformations silencieuses” constituent ce que la métaphysique européenne a le plus de mal à saisir, alors que la culture chinoise leur accorde, au contraire, son intelligence.
    Lissez-moi être Mes frères le Vénérable des “transformations silencieuses”, celui qui fera de la douceur, la pointe de son possible effacement. Je souhaite à notre Loge, pour l’année 2024 qui s’ouvre, la douceur. Car la douceur est politique. Elle ne plie pas, n’accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s’accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l’humain. De l’animalité, elle garde l’instinct, de l’enfance l’énigme, de la prière l’apaisement, de la nature, l’imprévisibilité, de la lumière, la lumière.

    J’ai dit,
    Guy
    Vénérable Maître en Chaire de la R.L. Saint Hubert n°284.

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